Du potager et des abeilles, un dimanche en ville au XXIe siècle

Capture d’écran 2014-01-26 à 17.08.06Dimanche, jour de marché! Ca a beau être l’hiver, l’injonction « 5 fruits et légumes par jour » a petit à petit fait son nid. Pourtant, si on y pense, nos appétits urbains ont parfois du mal à trouver facilement leur compte.
Et se développent depuis quelques années de nombreuses initiatives « alternatives » pour combler une population citadine de plus en plus loin des centres de production du « frais ». La révolution numérique y participe.
Au début, les AMAP – Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne – , ont porté le mouvement bio et locavore et se sont attachées à proposer un autre modèle de consommation que celui de l’agro-business distribué en supermarché. Leur principe: un contrat liant un producteur à des consommateurs, qui, en échange d’un engagement financier sur une saison (six mois/un an), ont accès à des paniers hebdomadaires de produits frais, de saison, bio, et diversifiés. L’engagement du consommateur à payer sa part de la récolte à l’avance permet de garantir en amont un revenu au paysan, il est garant du système de production – un crowdfunding qui ne dit pas encore son nom! En somme, une agriculture solidaire et responsable, qui participe au maintien d’une économie de proximité et à l’éveil des consciences sur le manger « sain », la relation alimentation/santé, et contribue à tisser du lien entre la ville et la campagne. Le consommateur venant chercher son panier à un lieu de distribution préalablement fixé, le lien social s’inscrit encore dans le « réel ».
Très réels aussi, les jardins ou potagers urbains ont quant à eux poussé un peu plus loin dans la ville le principe de proximité. Leur histoire n’est pas nouvelle, elle s’inspire d’un mouvement activiste des années 70 à New York visant à ensemencer les friches urbaines et terrains vagues laissés à l’abandon, les « community gardens »*. Leur héritage bigarré mêle aussi l’histoire des jardins ouvriers, l’initiative plus récente des jardins partagés et une ambition qui associe alimentation urbaine et lien social.**

Pourtant, fort est de constater que la ville, riche de ses marchés et de ce type d’initiatives cherche encore sa terre, et que le citadin a faim de « vert ». Monpotager.com et La Ruche qui dit oui sont deux exemples intéressants d’intelligence digitale au service des urbains qui ont faim.

A la croisée des chemins entre les AMAP, la tendance forte du DIY (Do It Yourself), et le phénomène des Box, monpotager.com propose plus qu’un panier de fruits et légumes de saison, puisqu’il permet de cultiver un potager en ligne, « de voir ses légumes pousser chez des producteurs locaux et de se les faire livrer ».
Simple promesse marketing? Pas que. Le site  invite à choisir une parcelle adaptée à votre situation que vous soyez famille nombreuse ou citadin en solo (de 150m2 cultivés à 15, selon les besoins) et vous propose de choisir les espèces de légumes et fruits qui seront plantées dans votre potager. Légumes d’hiver, légumes d’été, fruits, si vous voulez devenir un expert sur les espèces, c’est possible, des fiches techniques vous renseignent et aiguisent vos choix. L’option « potager facile » permet aux débutants de s’y retrouver, et offre « une sélection pré-établie d’espèces et de variétés retenues pour leur aptitude à la longue conservation et leur facilité de préparation ».
Récompense, un système de notifications incluant des photos, indique comment poussent vos semis, comment se portent vos légumes et vos fruits, et vous prévient lorsque ceux-ci sont mûrs et prêts à être livrés. Enfin, un système habile de calendrier permet d’estimer la quantité et le moment de maturité des espèces que « vous » avez plantées. Votre potager est cultivé en P.B.I., Protection Biologique Intégrée, un engagement visant à promouvoir la protection biologique contre les nuisibles susceptibles de s’attaquer à votre parcelle, versus les produits chimiques.
Si la promesse de faire de vous des cultivateurs en herbe n’est pas vraiment incarnée, puisqu’au même titre qu’on  ne devient pas boulanger sans mettre la main à la pate, on ne devient pas paysan en cliquant sur « pommes de terre Belles de Fontenais » ou « carottes Napoli », l’expérience est ludique et bonne pour la santé. Elle s’inscrit en outre dans la tendance locavore qui plaide pour une agriculture de proximité, et une consommation de saison à des prix raisonnés… Une modeste contribution au rêve de Pierre Rabhi, qui souhaite encourager « les citadins à pratiquer l’agriculture, le jardinage et à toucher la terre, geste de plus en plus rare en ville ».

La ruche qui dit oui, quant à elle, en appelle à une autre forme de collaboration collective : son objectif, prôner le circuit court entre les producteurs et les consommateurs, pour « mettre à disposition des produits de qualité, à un prix juste, pour tous ». Sa particularité? Que les points de distribution, les ruches, soient montées par des particuliers, dont l’existence et l’activité sont relayées en ligne, sur le site: laruchequiditoui. Chaque consommateur, qui s’y inscrit gratuitement, peut passer commande d’un ou plusieurs produits sélectionnés et mis en vente par une ruche près de chez lui, et contribuer à atteindre le minimum requis pour que les producteurs acceptent de livrer la ruche. Tous les produits ayant atteint le minimum de commandes requis sont livrés un jour par semaine à l’adresse de la ruche – qui a « dit oui » à la livraison! -, où les consommateurs viennent chercher leurs courses pré-réglées sur le site.
Véritable place de marché permettant aux internautes de créer, gérer, approvisionner et/ou adhérer à des ruches, – ces nouvelles communautés de consommateurs et producteurs- , la ruche qui dit oui semble avoir gagné son pari du manger mieux et manger juste:  déjà plus de 350 ruches ont vu le jour et près de 140 sont en développement.

Besoin quotidien, l’alimentation ne résiste donc pas à la transformation digitale. Si les marchés et supermarchés ont encore de beaux jours devant eux, il semble que le web offre les modalités d’un nouveau terrain agricole en permettant l’organisation d’un circuit court et en favorisant la naissance de nouvelles formes de communautés. Un clic de la campagne à la ville.

* Il existe aujourd’hui plus de 600 community gardens à New York, et des milliers de jardins communautaires à travers l’Amérique du Nord.
** Il existe plus de 800 jardins potagers à Munich (versus 50 à Paris).

Pour découvrir monpotager.com:
www.monpotager.com
Pour en savoir plus sur la ruche qui dit oui:
www.laruchequiditoui.fr

Publicités

un commentaire

  1. Merci pour cet article intéressant. Et que les potagers urbains continuent de se développer à Paris!
    Peut-être ne faut-il pas voir de différences de culture ou de conscience écologique dans les écarts de nombres de potagers urbains entre Paris et NYC ou Munich mais plutôt l’influence de l’histoire et des schémas d’urbanisation? Paris est dense, elle n’a pas été détruite par la guerre, elle dispose de moins de friches industrielles que beaucoup de villes allemandes ou américaines. Il en résulte des conflits d’usage (bien décrits par Ségolene Darly http://geocarrefour.revues.org/7065) qui limitent souvent l’existence d’une activité agricole dans une zone a forte pression urbaine. Mais la région Ile de France a été la première a se saisir du probleme et a mis en place les programmes agri-urbains qui permettent de financer a hauteur de 40% et jusqu’a 100 000 € par an des projets de collectivités territoriales ou d’associations (http://www.iledefrance.fr/aides-regionales-appels-projets/programmes-agriurbains-aide-investissement)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :